Un CCN en terre et en paille « Pour une thèse vivante » épisode 5

«Pour une thèse vivante», c’est la poursuite d’une réflexion sur l’écriture d’artiste, entamée en mars 2011, à la recherche d’une pensée en art qui se fraierait un chemin dans la pratique. En tissant des liens avec des savoir-faire de tous horizons, il a été souvent question pour moi de chercher la raison de mon obstination à la scène. Créer des changements permanents pour radicaliser une posture.
Le désir de partir d’autres usages de l’habitat vers la fabrication des lieux de survie liés aux catastrophes naturelles, désir de projeter un lieu simple, sobre, répondant à un besoin ultime de se loger, d’habiter et qui partirait de cette métaphore entendue comme la survie de l’expérience, survie de l’expérimentation des actes artistiques partagés et proches de mon art. Projeter l’habitat précaire et ses formes traitant du matériau naturel dans une grande simplicité. Un CCN en terre et en paille, devient le lieu où je perpétue un acte d’expérience et d’expérimentation artistique.
Lieu de partage de savoir, «Pour une thèse vivante», épisode 5 : Un CCN en terre et en paille se voit et se doit de construire un lieu de plaisir où les sensibles dépasseraient la « tâche », de ce dit travail. Laisser faire comme laisser penser des actes.
Claudia Triozzi

Un CCN en terre et en paille « Pour une thèse vivante » Épisode 5 
Conception Claudia Triozzi
Distribution Anne Lise Le Gac, Massimo Moretti (World Advanced Saving Project – impression 3D), Christine Théodore (ethnopsychiatre), Claudia Triozzi et d’autres invités
Régie générale Sylvain Labrosse
Création lumière Yannick Fouassier

Production DAM-CESPI
Coproduction Ménagerie de Verre
Avec le soutien de CN D Centre national de la danse, des Laboratoires d’Aubervilliers, de l’Espace Darja (Casablanca), de Xing Bologne. Décors produits par lille3000, dans le cadre de l’exposition JEUX, rituel et récréations du Centre Pompidou. Projet accueilli dans le cadre d’une résidence-laboratoire au Vivat – Scène conventionnée danse et théâtre d’Armentières et au Festival Caravane Tighmert.

DAM-CESPI est soutenue par la Direction régionale des affaires culturelles d’Île-de-France – Ministère de la Culture et de la Communication

CALENDRIER
Vendredi 17 et Samedi 18 novembre 2017 à 20h30 
Festival Les Inaccoutumés / Ménagerie de Verre
http://www.menagerie-de-verre.org/evenements/les-inaccoutumes-2017-2/

INTERVIEW
1. La performance que tu vas présenter à la ménagerie de verre s’inscrit dans un projet commencé en 2011, « Pour une thèse vivante ». Qu’est-ce que « Pour une thèse vivante » ? « Pour une thèse vivante » c’est un projet commencé en 2011 à la ménagerie de verre et sur une invitation du Musée de la Danse à Rennes. Au départ c’est la poursuite d’une réflexion sur l’écriture de l’artiste, c’est à dire sur comment l’artiste pourrait s’exprimer avec l’écriture mais également au moyen de ses outils, comme la scène, et de tous les outils de la scène je pourrais dire, tout le travail du plateau. Donc la question de la thèse vivante est celle de la réactivation des matériaux de mes pièces, qui sont des segments de mes pièces, des archives. En fait ce serait plutôt réactiver par moi-même l’archive. En général on consulte les archives des autres, moi je réactive mon propre travail. Réactiver donc, sans montrer les pièces, mais en montrant des segments de pièces et en montrant les matériaux qui ont motivés ces pièces. Ces matériaux sont souvent des lieux liés à d’autres activités et à d’autres formes d’expression, toujours liées au corps, comme les métiers des autres (ce à quoi nous nous engageons) et qui questionnent toujours le langage de ces pratiques, le corps dans ces pratiques, le geste dans ces pratiques et dans quelle temporalité ces pratiques évoluent, leur commencement et leur fin, car c’est aussi quelque chose qui m’intéresse; la fin. A l’époque, je parlais du corps qui résiste dans le temps avec ce qu’il a choisit comme modes d’expression, comme moyens d’expression, comme faire. Cette thèse, c’est donc une possibilité (possibilité que depuis 2011 certaines facultés commencent à envisager surtout à l’étranger) de dire que ma thèse serait aussi bien théorique que pratique. En 2011, je ne la voulais que pratique, c’est à dire un spectacle sous forme d’archives et des recherches qui évoluent sur la scène. ce que j’ai appris je l’ai appris en pratiquant donc ça questionne aussi ce que c’est qu’apprendre, ce qu’est le temps de l’apprentissage, ce qu’est le métier de la scène. Et ça inclue aussi les rencontres avant la scène, les gens avec qui j’ai travaillé, toutes les personnes que j’ai rencontrées dans le monde de la chorégraphie, ce qu’elles m’ont apporté. Donc en 2011, j’ai fait un assemblage entre des segments de mes pièces et des invitations et j’ai décidé de croiser un peu les pièces Ni Vu ni Connu (2010), Park (1998), Dolled Up (2000) dans des temporalités différentes, et ce croisement je vais le faire aussi les 17 et 18 novembre à la ménagerie de verre avec d’autres extraits et des fragments d’autres pièces qui sont plus liés avec le propos de ces pièces.

2 – Un CCN en terre et en paille est le 5e chapitre de Pour une thèse vivante. Peux-tu nous en dire un peu plus ? Dans ce 5eme chapitre, il est donc question de l’habitat et d’une architecture. Un CCN en terre et en paille devient un manifeste, parce que c’est moi qui demande « donnez-moi un lieu parce que j’en ai besoin », pas seulement pour moi mais pour le partager, pour penser une école, donc il y a comme ça plusieurs strates de questions. Ça se compose de pièces, d’interviews et d’actualités. Cette recherche a comme base « de mouvement » des interviews qui ne sont pas des interviews classiques avec une caméra et moi qui pose des questions, mais sont pour moi une façon d’amener une pensée vers une dramaturgie et d’aller ainsi vers l’action. Elles me permettent de faire la passe et me confronter à une pensée en acte et de la mettre en scène. Ça m’intéresse beaucoup et ça m’apporte beaucoup puisque c’est cette pensée et ces questionnements qui font aussi évoluer mon travail en général. L’actualité ce serait ce qui forme les épisodes. Un CCN en terre et en paille a une valeur surtout en France puisqu’un CCN, c’est un centre chorégraphique national, en terre et en paille il n’y en a pas donc pourquoi pas en fabriquer un pour moi, en utilisant l’écologie mais surtout un savoir faire collectif. L’idée est donc de parler de l’habitat et de ses utopies ; parce qu’un CCN en terre et en paille c’est une utopie, mais le message c’est ce qui fait le lien entre là où j’en suis et les autres, leur métier, et ce que c’est d’avoir un lieu pour créer, comme ici un bureau vide, et quand je suis entrée je me suis dit que j’allais vous demander si je pouvais y passer l’après-midi pour me concentrer. C’est ça avoir un lieu, c’est un espace qui s’ouvre à vous à un moment donné et dans lequel vous vous dites que vous pourrez travailler mieux que si vous étiez chez vous ou ailleurs. La question c’est comment le réaliser ! Il s’agit de tester l’acquis de la technologie dans sa mise en relation avec l’expérience du faire, de dévier la matière dans le sens de réinterpréter les données enregistrées, de pouvoir, en quelque sorte, les atteindre par la pensée. Mais aussi, ce projet pose la question de l’expérimentation du corps-machine et du corps-performatif face à l’imprimante 3D. Je pourrais tout autant faire un parallèle avec la répétition en musique, dans les arts vivants, dans différentes formes de savoir faire ; me demandant : comment on répète ? Comment, dans le contexte du CCN en terre et en paille, strate après strate un lieu se bâtit, comment la matière se déplace ? Une matière fantôme (des données numériques transitant par le web), transmissible, dans une transparence. 

Propos recueillis le 31 octobre à la ménagerie de verre.